« W. » s’en va. (…) Pourtant, son ombre habitera après lui les chemins de l’Amérique vers le monde. Dans le droit fil de l’héritage clintonien, le centrisme conservateur des démocrates, que Barack Obama infuse de religieux, montre combien l’ancre politique américaine penche à droite. Quant aux républicains, en quête d’esprit reaganien, ils ne peuvent ignorer les militants du conservatisme social et la base évangélique, socle électoral du bushisme.
La droite américaine a gagné. Dans sa bataille épique pour investir l’esprit américain, elle a remporté un franc succès face à un centre-gauche « libéral » dont elle a réussi à gommer la face centriste et modérée,
Les années « W. », grand succès électoral du conservatisme américain, représentent une très nette rupture, en politique intérieure comme étrangère, y compris avec le reaganisme. L’influence du religieux et la splendide certitude qui est la marque de fabrique de la présidence Bush se sont traduites par un exercice quasi sectaire du pouvoir.
On ne peut comprendre l’Amérique sans plonger dans l’âme de Sud, terre à la fois meurtrie, têtue et changeante.
Le Sud habituellement raillé, méprisé et enfermé dans des représentations qui forcissent le trait, où l’occupation par les troupes fédérées du Nord fut un traumatisme encore ancré dans la mémoire, connaît une renaissance. Le Sud longtemps arriéré, croupissant dans un conservatisme inflexible et dépassé, est devenu terre de conquête économique face à un Nord qui, depuis Hamilton, est le moteur industriel de la modernité américaine.